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Tout désespoir en politique est une sottise absolue. CM

"Nos raisons contre la république pour la monarchie" Charles Maurras

"Nos raisons contre la république pour la monarchie" Charles Maurras

- Nos raisons contre la république

- La course au pouvoir

"Il y avait un très grand roi qui avait reçu de ses pères un très beau royaume et qui l’avait accru. A son lit de mort, on lui demanda à qui il laisserait cet Empire. Il répondit , : - Au plus digne. Comme tous étaient les plus dignes ou voulaient l’être, cette confusion de la politique et de la morale, du mérite personnel et de l’aptitude politique, donna le signal des partages et des déchirements.

Si l’empire d’Alexandre valait la peine de vivre, mieux eût valu pour lui, dans le régime de la royauté héréditaire, la pire des Minorités et la plus faible des Régences : son retour au régime de la compétition et du libre choix mit l’héritage en charpie.

La concurrence à main armée (armée du vote ou bien de l’épée et de la grenade), ce régime électif détermine parfois un déchirement et un émiettement territorial qu’on voit à l’oeil nu ; mais parfois aussi la sécession politique et sociale s’opère au fond des consciences, aux profondeurs cachées des grands services de l’État : de toute façon, il s’opère.

Deux, trois, six personnages veulent être premier.

- Pourquoi pas moi ? se dit chacun.

Il n’y a qu’une place. Elle a beau être vacante tous les sept ans.

A peine un titulaire est-il nommé que la cabale et le parti des cinq, six, sept compétiteurs s’organise pour ne lui laisser ni liberté d’action, ni même repos. Le malheureux passe sa vie à se défendre pour défendre sa réélection ou celle de quelqu’un qui soit de son parti, et toutes les énergies qu’il dépense de cette sorte, soustraites au bien public, sont perdues pour le pays.

L’histoire de Ferry, celle de Freycinet, celle de Clémenceau sont incompréhensibles sans ce ressort secret de leurs ambitions présidentielles et des exclusions que leur donnaient les partis.

L’histoire de Briand comporte également ce curieux ressort caché.

Laissons les hommes. Voyons le pays.

La démocratie ou régime de la compétition légale pour le pouvoir suprême, la démocratie ou régime de l’élection du chef (ou des chefs), est essentiellement fin du peuple et fin de civilisation.

Régime qui ne parvint point à défendre Athènes de la Macédoine.

Régime qui ne réussit point à sauver Rome des Barbares.

Régime qui effondra la Pologne entre Frédéric, Catherine et Marie-Thérèse, ses diviseurs.

Et pourtant, socialement, ethniquement, intellectuellement, le Polonais était bien supérieur au Russe, au Prussien et à l’Autrichien. L’histoire, purgée de ses fables, nous apprend que le Germain était bien inférieur au Romain. Le Macédonien n’était rien devant l’Athénien. Mais ces belles races dont la gloire a longtemps survécu à la ruine de leurs États, ces races de grand avenir eurent des idées politiques et sociales sans avenir.

En revendiquant la liberté de compétitions personnelles contre l’évidente nécessité de maintenir d’abord leur groupe social, elles ont perdu l’indépendance du groupe avec celle de l’individu par-dessus le marché. C’est le type achevé de la mauvaise affaire.

***

Dans l’État démocratique français, être conseiller municipal, maire, conseiller général, député, sénateur, ministre, président du Conseil, c’est aller, c’est marcher, de sa personne, ou par personnes interposées, vers le premier rang où il s’agit de s’établir le plus longtemps possible, soi ou quelqu’un de son parti. La vie politique, c’est cela essentiellement : cela, considéré au point de vue personnel, de l’étiquette et de l’honneur, ou bien cela considéré au point de vue des fruits réels que donnent ces dignités ou ces charges, qui acheminent à la première.

Réalistes ou idéalistes, personnels ou impersonnels, doctrinaires ou alimentaires, tous les esprits et tous les ventres qui s’occupent de politique, tendent vraisemblablement à créer du désordre tant que l’ordre désiré, c’est-à-dire le succès de leur groupe, n’est pas obtenu. C’est donc par définition le désordre assuré, régulier et perpétuel.

Quand on a compris, je veux dire quand on a vu cela, on se rend compte qu’il n’y a pas de plus pressantes nécessités générales pour l’État français que de mettre le point final à cette course au pouvoir souverain, déchaînée du moindre village et arrivant aux Assemblées, aux Ministères et à l’Elysée. Non, rien, dis-je, n’est plus pressant, selon la très sage vue de Renan, que de « séquestrer » ce pouvoir supérieur, de le soustraire à l’élection, de le rendre à l’hérédité naturelle, à l’histoire, et de détruire ainsi un régime que M. Marcel Sembat avait très bien qualifié en le définissant habile à la lutte intérieure et sans capacité pour les luttes extérieures, ce que les pertes de la Guerre et les déceptions de la Paix n’ont que trop clairement montré.

***

Quelle rêverie que de vouloir, d’abord, à tout moment de la vie d’un peuple, posséder à la tête de l’État, pour le gouverner, l’esprit le plus doué ou le caractère le plus capable !

Si, en effet, l’on veut courir cette chimère, il n’est qu’une voie : il faut décider qu’un champ clos sera toujours ouvert, qu’un scrutin ou une commission d’examen resteront en permanence, jusqu’à ce que l’on sache qui est absolument le meilleur - sous réserve qu’il n’y ait pas, dans les profondeurs de la population, un meilleur caché qui le prime.

Que l’on ne sourie pas, et que l’on ne crie pas à une hypothèse de mathématicien forcené. Si l’on regarde au fond de la psychologie de la démocratie, la course échevelée à ce « mieux ennemis du bien » est le ressort moral constant du régime... Sans y rendre le progrès plus certain ni plus rapide, c’est bien cela qui fait que l’État n’y a point d’assiette ni le gouvernement de repos. Malgré les fausses périodes d’apaisement, il y a là un trouble qui couve sans cesse.

***

Sans doute, c’est toujours le plus intrigant qui l’emporte, mais le prétexte à son intrigue ne varie pas : - Qui n’est pas le meilleur ? ; Qui n’est pas le plus digne ? ; Ou qui ne veut pas l’être ? ; Quand la voix populaire évoque le dictateur, il n’est pas un homme public qui ne réponde dans son for que ce dictateur rêvé c’est lui-même ; point de partisan enrôlé dans une faction qui ne mette à la tête de l’État son idole, le chef, ou patron qu’il s’est de lui-même choisi. Le régime électif peut donc se définir, en psychologie théorique, l’immense antagonisme, furieux ou latent, mais incessant, de onze millions de nos « moi » ou des délégués de nos « moi ! ».

Quelle bataille de microbes ! Et quelle entre-tuerie sans résultat, limite ni fin !

Tout s’y passera donc en brigues, soutenances, examens, vocations, contestations, querelles, qui ne cesseront pas plus d’ébranler l’État que de défaire la nation. Comme le débat porte invariablement sur le point de savoir quelle est la plus forte tête du pays ou quel en est le meilleur cœur, un de ses effets naturels sera de jeter, jusque dans l’élite, une pomme de discorde ou de corruption et, ainsi, de transformer, de plus en plus, quelques-unes des plus précieuses valeurs de l’intelligence, ou même de l’âme, en retoquées, en mécontentes, toujours occupées de leur déception renaissante pour de perpétuelles revanches de l’amour-propre ou de l’intérêt : ces valeurs réelles seront induites à quitter le domaine déjà troublé de leur science, de leur industrie, de leur art ou de leur charité pour contaminer les domaines avoisinants, les occuper et les agiter de leurs griefs et de leurs passions.

Selon le vieil adage de l’École, cette corruption des Meilleurs en deviendra pire que tout.

***

En vain la constitution d’un monde particulier de politiciens limite-t-elle un peu le dégât, car cette profession nouvelle est une hérésie dans la doctrine de la démocratie et de la République.

Elle spécialise et approprie le domaine politique au lieu de le laisser à tous, comme le veut le dogme. De plus, cette profession n’est pas un cercle fermé et elle a un intérêt, pour se maintenir, à recruter, de temps en temps, au-dehors, de quoi aggraver et multiplier ses dommages.

On a déjà beaucoup perdu à fonctionnariser un certain nombre de hautes activités du cœur et de l’esprit : que deviendra le reste, si on l’embarque dans la bagarre permanente de l’élection !

***

Mais supposons le but atteint une fois. Le plus capable est élevé sur un pavois. Eh bien ! le vrai but est manqué ! Pourquoi ?

Parce que capacité politique et bienfaisance politique sont deux.

Le cas privilégié de Napoléon Bonaparte montre tout ce que peut contre le bien d’un peuple le plus doué des génies, le mieux fait pour conduire, s’il n’est point tempéré et limité par certains contre-poids dont le souci du bien public fait le centre essentiel. Il savait commander ? ; Il excellait au commandement ? Mais il n’était pas très sensible au soin de ménager les intérêts d’un bien public qu’il eût voulu du reste servir.

***

La manière dont Bonaparte avait accédé au pouvoir l’obligeait à une défensive épuisante contre les formes d’ascension et d’éviction similaires. L’exemple suffit à montrer combien l’autorité du meilleur une fois désigné sera toujours rongée par la menace de quelque élu nouveau du destin. Cette autorité est soumise à des tentatives continuelles d’usurpation, de substitution, de remplacement.

Or, ce remplacement fatal, parfois inscrit dans la constitution, l’est toujours dans la nature des choses quand il s’agit d’un pouvoir qui ne procède pas de l’hérédité légitime.

Là encore, cela conduit au changement perpétuel.

Au lieu de ce funeste roulement, le bien public et le cri public sollicitent également la stabilité.

Au mouvement perpétuel correspondent l’émotion et le malaise continus. Cela est senti. Un demi-siècle de pénible et stérile compétition pour le premier rang aura surtout servi à faire apprécier et désirer le contraire direct de cette erreur. Le mal qu’il faut exclure est la compétition : compétition des mérites, compétition des talents ou des ambitions.

***

Le même système politique qui refuse au citoyen le droit de traiter des questions qu’il connaît et de gérer les intérêts qui lui sont les plus proches, les mêmes hommes qui refusent à l’électeur municipal le droit de changer une fontaine de place ou d’ouvrir un chemin sans la permission de l’État, prêtent, par la plus étonnante des fictions constitutionnelles, au même citoyen et au même électeur le pouvoir absolu de faire un choix sensé et d’émettre un avis utile sur les questions les plus lointaines, les plus profondes et les plus épineuses de la politique générale : cet électeur, ce citoyen, dont on suspecte la compétence en des sujets fort modestes, est tout d’un coup censé posséder les lumières des cinq classes de l’Institut, puisqu’on propose à ce citoyen de choisir entre la politique radicale et l’opportuniste, entre l’autoritaire et la libérale, entre le socialisme et le capitalisme, et qu’il a le droit d’orienter par son choix, par son vote, la législation, la haute justice, la diplomatie, l’organisation militaire et navale du pays tout entier !

Jamais une si grande chimère n’a été réalisée avec probité. Au lieu de s’en plaindre, il faut voir qu’elle est irréalisable et prévoir que, même indépendant, même probe, même intelligent, l’électeur sera toujours incompétent sur la plupart des sujets qui lui seront soumis. Cette incompétence le rend ou violent et aveugle, ou hésitant et versatile, souvent même ceci et cela tout à la fois.

L’électeur français passe son temps à délivrer des blancs-seings à des inconnus, sans autre garantie que la nuance des affiches sur lesquelles les candidats ont inscrit leurs déclarations. Ce système intéresse, excite, détermine les partis d’opposition, même honnêtes, à plus forte raison ceux qui ne le sont pas, à provoquer le plus grand nombre possible de scandales et de catastrophes, de manière à causer le plus de mutations possible à chaque renouvellement électoral. L’intérêt de parti remplace ainsi le bien public. C’est ainsi que l’on décompose la France.

Qu’y devient l’État ? Un esclave. Esclave des Chambres. Esclave des partis parlementaires, des coteries électorales. Esclave même de ces événements imprévus qui, sous un tel régime, déchaînent, avec la panique, des changements d’opinion, donc de personnel et de direction, mais qui sont justement ceux qui exigeraient, au regard du salut public, le maximum de fermeté, de stabilité et de possession de soi-même.

Par ce triple et quadruple esclavage à l’intérieur, l’État français tend à la servitude extérieure ; les autres États ne tolèrent son indépendance apparente que pour le mieux laisser fléchir et dégénérer."

La suite ici http://www.royaliste.org/spip.php?rubrique44link

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