Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Tout désespoir en politique est une sottise absolue. CM

La Nature de l'esclavage musulman

15 Mai 2011 , Rédigé par Merl1 Publié dans #Islam

 

La Nature de l'esclavage musulman

"La côte barbaresque, qui s'étend du Maroc à la Libye moderne, fut le foyer d'une industrie

florissante de rapt d'êtres humains depuis 1500 jusqu'à 1800 environ. Les grandes capitales

esclavagistes étaient Salé au Maroc, Tunis, Alger et Tripoli, et pendant la plus grande partie de

cette période les marines européennes étaient trop faibles pour opposer plus qu'une résistance

symbolique. Le Prof. Davis, qui enseigne l'histoire sociale italienne à l'Université d'Etat de

l'Ohio, projette une lumière perçante sur ce coin fascinant mais négligé de l'histoire. Christian

Slaves, Muslim Masters [Esclaves chrétiens, maîtres musulmans] est un récit soigneusement

documenté et clairement écrit de ce que le Prof. Davis nomme «l'autre esclavage», qui

s'épanouit durant approximativement la même période que le trafic trans-atlantique, et qui

dévasta des centaines de communautés côtières européennes. Dans la pensée des Blancs

d'aujourd'hui, l'esclavage ne joue pas du tout le rôle central qu'il joue chez les Noirs, mais pas

parce qu'il fut un problème de courte durée ou sans importance. L'histoire de l'esclavage

méditerranéen est, en fait, aussi sombre que les descriptions les plus tendancieuses de

l'esclavage américain.

Le trafic trans-atlantique des esclaves noirs était strictement commercial, mais pour les Arabes,

les souvenirs des Croisades et la fureur d'avoir été expulsés d'Espagne en 1492 semblent avoir

motivé une campagne de rapt de chrétiens, ressemblant presque à un djihad. «Ce fut peut-être

cet aiguillon de la vengeance, opposé aux marchandages affables de la place du marché, qui

rendit les esclavagistes islamiques tellement plus agressifs et initialement (pourrait-on dire) plus

prospères dans leur travail que leurs homologues chrétiens», écrit le Prof. Davis. Pendant les

XVIe et XVIIe siècles, plus d'esclaves furent emmenés vers le sud à travers la Méditerranée

que vers l'ouest à travers l'Atlantique. Certains furent rendus à leurs familles contre une rançon,

certains furent utilisés pour le travail forcé en Afrique du Nord, et les moins chanceux moururent

à la tâche comme esclaves sur les galères.

Ce qui est le plus frappant concernant les raids esclavagistes barbaresques est leur ampleur et

leur portée. Les pirates kidnappaient la plupart de leurs esclaves en interceptant des bateaux,

mais ils organisaient aussi d'énormes assauts amphibies qui dépeuplèrent pratiquement des

parties de la côte italienne. L'Italie était la cible la plus appréciée, en partie parce que la Sicile

n'est qu'à 200 km de Tunis, mais aussi parce qu'elle n'avait pas de gouvernement central fort

qui aurait pu résister à l'invasion.

De grands raids ne rencontraient souvent aucune résistance. Quand les pirates mirent à sac

Vieste dans le sud de l'Italie en 1554, par exemple, ils enlevèrent un total stupéfiant de 6.000

captifs. Les Algériens enlevèrent 7.000 esclaves dans la baie de Naples en 1544, un raid qui fit

tellement chuter le prix des esclaves qu'on disait pouvoir «troquer un chrétien pour un oignon».

L'Espagne aussi subit des attaques de grande ampleur. Après un raid sur Grenade en 1556 qui

rapporta 4.000 hommes, femmes et enfants, on disait qu'il «pleuvait des chrétiens sur Alger».

Pour chaque grand raid de ce genre, il a dû y en avoir des douzaines de plus petits.

L'apparition d'une grande flotte pouvait faire fuir toute la population à l'intérieur des terres,

vidant les régions côtières. En 1566, un groupe de 6.000 Turcs et corsaires traversa l'Adriatique

et débarqua à Fracaville. Les autorités ne purent rien faire, et recommandèrent l'évacuation

complète, laissant aux Turcs le contrôle de plus de 1300 kilomètres carrés de villages

abandonnés jusqu'à Serracapriola.

Quand les pirates apparaissaient, les gens fuyaient souvent la côte pour aller dans la ville la

plus proche, mais le Prof. Davis explique que ce n'était pas toujours une bonne stratégie: «Plus

d'une ville de taille moyenne, bondée de réfugiés, fut incapable de soutenir un assaut frontal

par plusieurs centaines de corsaires, et le reis [capitaine des corsaires] qui aurait dû autrement

chercher les esclaves par quelques douzaines à la fois le long des plages et dans les collines,

pouvait trouver un millier ou plus de captifs opportunément rassemblés en un seul endroit pour

être pris.»

Les pirates revenaient encore et encore pour piller le même territoire. En plus d'un bien plus

grand nombre de petits raids, la côte calabraise subit les déprédations suivantes, de plus en

plus graves, en moins de dix ans: 700 personnes capturées en un seul raid en 1636, un millier

en 1639 et 4.000 en 1644. Durant les XVIe et XVIIe siècles, les pirates installèrent des bases

semi-permanentes sur les îles d'Ischia et de Procida, presque dans l'embouchure de la baie de

Naples, d'où ils faisaient leur choix de trafic commercial.

Quand ils débarquaient sur le rivage, les corsaires musulmans ne manquaient pas de profaner

les églises. Ils dérobaient souvent les cloches, pas seulement parce que le métal avait de la

valeur mais aussi pour réduire au silence la voix distinctive du christianisme.

Dans les petits raids plus fréquents, un petit nombre de bateaux opéraient furtivement, tombant

sur les établissements côtiers au milieu de la nuit de manière à attraper les gens «paisibles et

encore nus dans leur lit». Cette pratique donna naissance à l'expression sicilienne moderne,

pigliato dai turchi, «pris par les Turcs», ce qui veut dire être attrapé par surprise en étant

endormi ou affolé.

La prédation constante faisait un terrible nombre de victimes. Les femmes étaient plus faciles à

attraper que les hommes, et les régions côtières pouvaient rapidement perdre toutes leurs

femmes en âge d'avoir des enfants. Les pêcheurs avaient peur de sortir, ou ne prenaient la mer

qu'en convois. Finalement, les Italiens abandonnèrent une grande partie de leurs côtes.

Comme l'explique le Prof. Davis, à la fin du XVIIe siècle «la péninsule italienne avait alors été la

proie des corsaires barbaresques depuis deux siècles ou plus, et ses populations côtières

s'étaient alors en grande partie retirées dans des villages fortifiés sur des collines ou dans des

villes plus grandes comme Rimini, abandonnant des kilomètres de rivages autrefois peuplés

aux vagabonds et aux flibustiers».

C'est seulement vers 1700 que les Italiens purent empêcher les raids terrestres spectaculaires,

bien que la piraterie sur les mers continua sans obstacles. Le Prof. Davis pense que la piraterie

conduisit l'Espagne et surtout l'Italie à se détourner de la mer et à perdre leurs traditions de

commerce et de navigation, avec des effets dévastateurs: «Du moins pour l'Ibérie et l'Italie, le

XVIIe siècle représenta une période sombre dont les sociétés espagnole et italienne

émergèrent comme de simples ombres de ce qu'elles avaient été durant les époques dorées

antérieures.»

Certains pirates arabes étaient d'habiles navigateurs de haute mer, et terrorisèrent les chrétiens

jusqu'à une distance de 1600 km. Un raid spectaculaire jusqu'en Islande en 1627 rapporta près

de 400 captifs. Nous pensons que l'Angleterre était une redoutable puissance maritime dès

l'époque de Francis Drake, mais pendant tout le XVIIe siècle, les pirates arabes opérèrent

librement dans les eaux britanniques, pénétrant même dans l'estuaire de la Tamise pour faire

des prises et des raids sur les villes côtières. En seulement trois ans, de 1606 à 1609, la marine

britannique reconnut avoir perdu pas moins de 466 navires marchands britanniques et écossais

du fait des corsaires algériens. Au milieu des années 1600, les Britanniques se livraient à un

actif trafic trans-atlantique de Noirs, mais beaucoup des équipages britanniques eux-mêmes

devenaient la propriété des pirates arabes.

La vie sous le fouet

Les attaques terrestres pouvaient être très fructueuses, mais elles étaient plus risquées que les

prises en mer. Les navires étaient par conséquent la principale source d'esclaves blancs. A la

différence de leurs victimes, les navires corsaires avaient deux moyens de propulsion: les

esclaves des galères en plus des voiles. Cela signifiait qu'ils pouvaient avancer à la rame vers

un bateau encalminé et l'attaquer quand ils le voulaient. Ils portaient de nombreux drapeaux

différents, donc quand ils naviguaient ils pouvaient arborer le pavillon qui avait le plus de

chances de tromper une proie.

Un navire marchand de bonne taille pouvait porter environ 20 marins en assez bonne santé

pour durer quelques années dans les galères, et les passagers étaient habituellement bons

pour en tirer une rançon. Les nobles et les riches marchands étaient des prises attractives, de

même que les Juifs, qui pouvaient généralement rapporter une forte rançon de la part de leurs

coreligionnaires. Les hauts dignitaires du clergé étaient aussi précieux parce que le Vatican

payait habituellement n'importe quel prix pour les tirer des mains des infidèles.

A l'approche des pirates, les passagers enlevaient souvent leurs beaux vêtements et tentaient

de s'habiller aussi pauvrement que possible, dans l'espoir que leurs ravisseurs les rendraient à

leur famille contre une rançon modeste. Cet effort était inutile si les pirates torturaient le

capitaine pour avoir des informations sur les passagers. Il était aussi courant de faire

déshabiller les hommes, à la fois pour rechercher des objets de valeur cousus dans leurs

vêtements et pour voir si des Juifs circoncis ne s'étaient pas déguisés en chrétiens.

Si les pirates étaient à court d'esclaves pour les galères, ils pouvaient mettre certains de leurs

captifs au travail immédiatement, mais les prisonniers étaient généralement mis dans la cale

pour le voyage de retour. Ils étaient entassés, pouvant à peine bouger dans la saleté, la

puanteur et la vermine, et beaucoup mouraient avant d'atteindre le port.

Dès l'arrivée en Afrique du Nord, c'était la tradition de faire défiler les chrétiens récemment

capturés dans les rues, pour que les gens puissent se moquer d'eux et que les enfants puissent

les couvrir d'ordures. Au marché aux esclaves, les hommes étaient obligés de sautiller pour

prouver qu'ils n'étaient pas boiteux, et les acheteurs voulaient souvent les faire mettre nus pour

voir s'ils étaient en bonne santé. Cela permettait aussi d'évaluer la valeur sexuelle des hommes

comme des femmes; les concubines blanches avaient une valeur élevée, et toutes les capitales

esclavagistes avaient un réseau homosexuel florissant. Les acheteurs qui espéraient faire un

profit rapide avec une forte rançon examinaient les lobes d'oreilles pour repérer des marques

de piercing, ce qui était une indication de richesse. Il était aussi habituel de regarder les dents

d'un captif pour voir s'il pourrait survivre à un dur régime d'esclave.

Le pacha ou souverain de la région recevait un certain pourcentage d'esclaves comme une

forme d'impôt sur le revenu. Ceux-ci étaient presque toujours des hommes, et devenaient

propriété du gouvernement plutôt que propriété privée. A la différence des esclaves privés, qui

embarquaient habituellement avec leur maître, ils vivaient dans les bagnos ou «bains», ainsi

que les magasins d'esclaves du pacha étaient appelés. Il était habituel de raser la tête et la

barbe des esclaves publics comme une humiliation supplémentaire, dans une période où la tête

et la pilosité faciale étaient une part importante de l'identité masculine.

La plupart de ces esclaves publics passaient le reste de leur vie comme esclaves sur les

galères, et il est difficile d'imaginer une existence plus misérable. Les hommes étaient

enchaînés trois, quatre ou cinq par aviron, leurs chevilles enchaînées ensemble aussi. Les

rameurs ne quittaient jamais leur rame, et quand on les laissait dormir, ils dormaient sur leur

banc. Les esclaves pouvaient se pousser les uns les autres pour se soulager dans une

ouverture de la coque, mais ils étaient souvent trop épuisés ou découragés pour bouger, et se

souillaient là où ils étaient assis. Ils n'avaient aucune protection contre le brûlant soleil

méditerranéen, et leur maître écorchait leur dos déjà à vif avec l'instrument d'encouragement

favori du conducteur d'esclaves, un pénis de boeuf allongé ou «nerf de boeuf». Il n'y avait

presque aucun espoir d'évasion ou de secours; le travail d'un esclave de galère était de se tuer

à la tâche -- principalement dans des raids pour capturer encore plus de malheureux comme lui

-- et son maître le jetait par-dessus bord au premier signe de maladie grave.

Quand la flotte pirate était au port, les esclaves de galères vivaient dans le bagno et faisaient

tout le travail sale, dangereux ou épuisant que le pacha leur ordonnait de faire. C'était

habituellement tailler et traîner des pierres, draguer le port, ou les ouvrages pénibles. Les

esclaves se trouvant dans la flotte du Sultan turc n'avaient même pas ce choix. Ils étaient

souvent en mer pendant des mois d'affilée, et restaient enchaînés à leurs rames même au port.

Leurs bateaux étaient des prisons à vie.

D'autres esclaves sur la côte barbaresque avaient des travaux plus variés. Souvent ils faisaient

du travail de propriétaire ou agricole du genre que nous associons à l'esclavage en Amérique,

mais ceux qui avaient des compétences étaient souvent loués par leurs propriétaire. Certains

maîtres relâchaient simplement leurs esclaves pendant la journée avec l'ordre de revenir avec

une certaine quantité d'argent le soir sous peine d'être sévèrement battus. Les maîtres

semblaient attendre un bénéfice d'environ 20% sur le prix d'achat. Quoi qu'ils faisaient, à Tunis

et à Tripoli, les esclaves portaient habituellement un anneau de fer autour d'une cheville, et

étaient chargés d'une chaîne pesant 11 ou 14 kg.

Certains maîtres mettaient leurs esclaves blancs au travail dans des fermes loin à l'intérieur des

terres, où ils affrontaient encore un autre péril: la capture et un nouvel esclavage par des raids

de Berbères. Ces infortunés ne verraient probablement plus jamais un autre Européen pendant

le reste de leur courte vie.

Le Prof. Davis remarque qu'il n'y avait aucun obstacle à la cruauté: «Il n'y avait pas de force

équivalente pour protéger l'esclave de la violence de son maître: pas de lois locales contre la

cruauté, pas d'opinion publique bienveillante, et rarement de pression efficace de la part des

Etats étrangers». Les esclaves n'étaient pas seulement des marchandises, ils étaient des

infidèles, et méritaient toutes les souffrances qu'un maître leur infligeait.

Le Prof. Davis note que «tous les esclaves qui vécurent dans les bagnos et qui survécurent

pour écrire leurs expériences soulignèrent la cruauté et la violence endémiques pratiquées ici».

La punition favorite était la bastonnade, par lequel un homme était mis sur le dos et ses

chevilles attachées et suspendu par la taille pour être battu longuement sur la plante des pieds.

Un esclave pouvait recevoir jusqu'à 150 ou 200 coups, qui pouvaient le laisser estropié. La

violence systématique transformait beaucoup d'hommes en automates. Les esclaves chrétiens

étaient souvent si abondants et si bon marché qu'il n'y avait aucun intérêt à s'en occuper;

beaucoup de propriétaires les faisaient travailler jusqu'à la mort et achetaient des remplaçants.

Le système d'esclavage n'était cependant pas entièrement sans humanité. Les esclaves

recevaient habituellement congé le vendredi. De même, quand les hommes du bagno étaient

au port, ils avaient une heure ou deux de temps libre chaque jour entre la fin du travail et avant

que les portes du bagno ne soient fermées pour la nuit. Durant ce temps, les esclaves

pouvaient travailler pour une paie, mais ils ne pouvaient pas garder tout l'argent qu'ils

gagnaient. Même les esclaves du bagno étaient taxés d'une somme pour leurs logements sales

et leur nourriture rance.

Les esclaves publics contribuaient aussi à un fonds pour entretenir les prêtres du bagno. C'était

une époque très religieuse, et même dans les plus horribles conditions, les hommes voulaient

avoir une chance de se confesser et -- plus important -- de recevoir l'extrême-onction. Il y avait

presque toujours un prêtre captif ou deux dans le bagno, mais pour qu'il reste disponible pour

ses devoirs religieux, les autres esclaves devaient contribuer et racheter son temps au pacha.

Certains esclaves de galères n'avaient donc plus rien pour acheter de la nourriture ou des

vêtements, bien que durant certaines périodes des Européens libres vivant dans les villes

barbaresques contribuaient aux frais d'entretien des prêtres des bagnos.

Pour quelques-uns, l'esclavage devenait plus que supportable. Certains métiers -- en particulier

celui de constructeur de navire -- étaient si recherchés qu'un propriétaire pouvait récompenser

son esclave avec une villa privée et des maîtresses. Même quelques résidents du bagno

réussirent à exploiter l'hypocrisie de la société islamique et à améliorer leur condition. La loi

interdisait strictement aux musulmans de faire le commerce de l'alcool, mais était plus

indulgente avec les musulmans qui le consommaient seulement. Des esclaves entreprenants

établirent des tavernes dans les bagnos et certains eurent la belle vie en servant les buveurs

musulmans.

Une manière d'alléger le poids de l'esclavage était de «prendre le turban» et de se convertir à

l'islam. Cela exemptait un homme du service dans les galères, des ouvrages pénibles, et de

quelques autres brimades indignes d'un fils du Prophète, mais ne le faisait pas sortir de la

condition d'esclave. L'un des travaux des prêtres des bagnos était d'empêcher les hommes

désespérés de se convertir, mais la plupart des esclaves semblent ne pas avoir eu besoin de

conseil religieux. Les chrétiens pensaient que la conversion mettrait leur âme en danger, et elle

signifiait aussi le déplaisant rituel de la circoncision adulte. Beaucoup d'esclaves semblent avoir

enduré les horreurs de l'esclavage en les considérant comme une punition pour leurs péchés et

comme une épreuve pour leur foi. Les maîtres décourageaient les conversions parce qu'elles

limitaient le recours aux mauvais traitements et abaissaient la valeur de revente d'un esclave.

Rançon et rachat

Pour les esclaves, l'évasion était impossible. Ils étaient trop loin de chez eux, étaient souvent

enchaînés, et pouvaient être immédiatement identifiés par leurs traits européens. Le seul espoir

était la rançon.

Parfois, la chance venait rapidement. Si un groupe de pirates avait déjà capturé tant d'hommes

qu'il n'avait plus assez d'espace sous le pont, il pouvait faire un raid sur une ville et ensuite

revenir quelques jours plus tard pour revendre les captifs à leurs familles. C'était généralement

à un prix bien plus faible que celui du rançonnement de quelqu'un à partir de l'Afrique du Nord,

mais c'était encore bien plus que des paysans pouvaient se le permettre. Les fermiers n'avaient

généralement pas d'argent liquide, et pas de biens à part la maison et la terre. Un marchand

était généralement prêt à les acquérir pour un prix modique, mais cela signifiait qu'un captif

revenait dans une famille qui était complètement ruinée.

La plupart des esclaves ne rachetaient leur retour qu'après être passés par l'épreuve du

passage en pays barbaresque et de la vente à un spéculateur. Les riches captifs pouvaient

généralement trouver une rançon suffisante, mais la plupart des esclaves ne le pouvaient pas.

Les paysans illettrés ne pouvaient pas écrire à la maison et même s'ils le faisaient, il n'y avait

pas d'argent pour une rançon.

La majorité des esclaves dépendait donc de l'oeuvre charitable des Trinitaires (fondé en Italie

en 1193) et de celle des Mercedariens (fondé en Espagne en 1203). Ceux-ci étaient des ordres

religieux établis pour libérer les Croisés détenus par les musulmans, mais ils transférèrent

bientôt leur oeuvre au rachat des esclaves détenus par les Barbaresques, collectant de l'argent

spécifiquement dans ce but. Souvent ils plaçaient des boîtes à serrure devant les églises avec

l'inscription «Pour la récupération des pauvres esclaves», et le clergé appelait les riches

chrétiens à laisser de l'argent dans leurs voeux de rédemption. Les deux ordres devinrent des

négociateurs habiles, et réussissaient habituellement à racheter les esclaves à des meilleurs

prix que ceux obtenus par des libérateurs inexpérimentés. Cependant, il n'y avait jamais assez

d'argent pour libérer beaucoup de captifs, et le Prof. Davis estime que pas plus de 3 ou 4% des

esclaves étaient rançonnés en une seule année. Cela signifie que la plupart laissèrent leurs os

dans les tombes chrétiennes sans marque en-dehors des murs des villes.

Les ordres religieux conservaient des comptes précis de leurs succès. Les Trinitaires

espagnols, par exemple, menèrent 72 expéditions de rachats dans les années 1600, comptant

en moyenne 220 libérations chacune. Il était habituel de ramener les esclaves libérés chez eux

et de les faire marcher dans les rues des villes dans de grandes célébrations. Ces défilés

devinrent l'un des spectacles urbains les plus caractéristiques de l'époque, et avaient une forte

orientation religieuse. Parfois les esclaves marchaient dans leurs vieux haillons d'esclaves pour

souligner les tourments qu'ils avaient subis; parfois ils portaient des costumes blancs spéciaux

pour symboliser la renaissance. D'après les archives de l'époque, beaucoup d'esclaves libérés

ne se rétablissaient jamais complètement après leurs épreuves, particulièrement s'ils avaient

passé beaucoup d'années en captivité.

Combien d'esclaves?

Le Prof. Davis remarque que des recherches énormes ont été faites pour évaluer aussi

exactement que possible le nombre de Noirs emmenés à travers l'Atlantique, mais qu'il n'y a

pas eu d'effort semblable pour connaître l'ampleur de l'esclavage en Méditerranée. Il n'est pas

facile d'obtenir un compte fiable -- les Arabes eux-mêmes ne conservaient généralement pas

d'archives -- mais au cours de dix années de recherches le Prof. Davis a développé une

méthode d'estimation.

Par exemple, les archives suggèrent que de 1580 à 1680 il y a eu une moyenne de quelques

35.000 esclaves en pays barbaresque. Il y avait une perte régulière du fait des morts et des

rachats, donc si la population restait constante, le taux de capture de nouveaux esclaves par

les pirates devait égaler le taux d'usure. Il y a de bonnes bases pour estimer les taux de décès.

Par exemple, on sait que sur les près de 400 Islandais capturés en 1627, il ne restait que 70

survivants huit ans plus tard. En plus de la malnutrition, de la surpopulation, de l'excès de

travail et des punitions brutales, les esclaves subissaient des épidémies de peste, qui

éliminaient généralement 20 ou 30% des esclaves blancs.

Par un certain nombre de sources, le Prof. Davis estime donc que le taux de décès était

d'environ 20% par an. Les esclaves n'avaient pas accès aux femmes, donc le remplacement se

faisait exclusivement par des captures. Sa conclusion: «Entre 1530 et 1780, il y eut presque

certainement un million et peut-être bien jusqu'à un million et un quart de chrétiens européens

blancs asservis par les musulmans de la côte barbaresque». Cela dépasse considérablement le

chiffre généralement accepté de 800.000 Africains transportés dans les colonies d'Amérique du

Nord et, plus tard, dans les Etats-Unis.

Les puissances européennes furent incapables de mettre fin à ce trafic. Le Prof. Davis explique

qu'à la fin des années 1700, elles contrôlaient mieux ce commerce, mais qu'il y eut une reprise

de l'esclavage des Blancs pendant le chaos des guerres napoléoniennes.

La navigation américaine ne fut pas exempte non plus de la prédation. C'est seulement en

1815, après deux guerres contre eux, que les marins américains furent débarrassés des pirates

barbaresques. Ces guerres furent des opérations importantes pour la jeune république; une

campagne est rappelée par les paroles «vers les rivages de Tripoli» dans l'hymne de la marine.

Quand les Français prirent Alger en 1830, il y avait encore 120 esclaves chrétiens dans le

bagno."

Partager cet article

Repost 0