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Tout désespoir en politique est une sottise absolue. CM

Du Catholicisme

15 Juin 2014 , Rédigé par Merl1 Publié dans #Maurras

 

L’absence de foi me dispense pas de voir dans le catholicisme le grand bien que j’y aime : très haute bienfaisance dans un passé et un présent d’où l’on n’a pas le droit d’exclure l’avenir. Sur le champ des sociétés humaines où se sont toujours situées mes réflexions, je ne vois rien de supérieur au Catholicisme. Il est supra-national. Il est pro-national. Les deux plans ne se heurtent point. Sa prédication, comme sa morale des hiérarchies, soutient des rapports très étroits avec cette tranquillité de l’ordre qui s’appelle la Paix et qui est le souverain bien politique. Les autres communions chrétiennes, dont il faut la distinguer avec soin, ne parviennent pas à s’affranchir de l’orgueil, le fléau du monde, et des perpétuels retours sur soi, qui renaissent de ce fléau : états d’obsession et de comparaisons qui à leur tour inspirent la tristesse, la jalousie, la haine, les différents gouts de détruire et leurs iconoclasties furieuses. C’est seulement sur les ailes extrémistes de la Communion romaine (Savonarole, Port-Royal) qu’on retrouve une ombre de ces passions suicides. Dans le vaste entre-deux que préside et dirige la Papauté, avec les deux saints François, saint Thomas, saint Dominique, saint Ignace, les deux sainte Thérèse, comme aux premières méditations sur l’Evangile, le Catholicisme n’est qu’amour, charité, au moins bonté, secours aux âmes et aux corps. Tout y semble épanché d’une grâce de Notre-Dame. Là refluent ou doivent régner, non ces hyper-évangélistes ou super-spiritualistes trop altiers pour prendre garde à l’homme dans l’homme et qui négligent les vertus d’honneur, de douceur et d’équité, la loyauté et l’honnêteté de la vie, là, dis-je, doivent substituer, envers et contre tout, ces aimables vertus, dites cardinales, qui ne permettent pas à la religion de s’adapter des masques de tartuferie et d’inhumanité. Sans doute est-il des pays où le catholicisme contemporain se trouve assombri et même Sali de hargne démocratique : celle-ci vient d’ailleurs, elle est surajoutée, comme le prétendu « ferment révolutionnaire de l’Evangile ». Les immenses progrès que l’Eglise catholique a fait faire au genre humain se reconnaissent à la verticalité de sa flèche, vol des âmes, élévation des esprits, qui sont sans ressemblance avec les traits de basse rapine horizontale propres aux conquêtes terrestres, toutes matérielles, observables dans la religion prétendue réformée. La barbarie de Luther que Fichte appelle « l’homme allemand » veut l’effort pour l’effort et la guerre pour la guerre. Sans y mettre moins de courage ni soutenir un combat moins ferme, le Catholicisme de saint Louis, de Bossuet et de Mistral sait dire à quels dignes termes il aspire, quelle paix sereine entendent viser ses désirs. L’amour divin n’y est conçu au rebours d’aucune des joies honnêtes de l’existence auxquelles on le préfère sans les lui opposer ; Les saintes douceurs du Ciel ne maudissent aucune de ces vertus moyennes que méprisent également le huguenot rigide et le démocrate imposteur. La morale catholique ne dénie pas plus qu’elle ne corrompt les béatitudes humaines à la condition de n’en point séparer la prière d’un humble amour. C’est d’ailleurs pourquoi l’auteur de L’Impérialisme protestant, M . Frédéric Hoffet, avoue qu’il manque à ceux de sa confession un certain air de bonheur. Le Catholicisme en ruisselle. Aussi Louis Veuillot disait-il à une dame russe qui s’annonçait catholique : « A la bonne heure ! Ce sera plus gai ! » Que cette aimable gaieté se soit atténuée, c’est dans la seule mesure où les mœurs catholiques ont été mordues d’esprit dissident. Ces esprits ne sont pas seulement tristes et hargneux, ils sont cupides, ils sont avides, et ce n’est pas de quoi les admirer ou les vanter si l’on considère l’intérêt du repos des peuples.
Encore un coup, je juge du point de vue qui est le mien : mon amour du peuple français
-Mais comme citoyen du monde ?
-Comme citoyen du monde, intéressé à ce que soient enseignés à l’homme le meilleur de la nature et le meilleur de la surnature, notre plus belle heure tiendrait à la pleine réussite de quelque Conversation de Malines ou de quelque Congrès des œcuméniques d’Amsterdam, qui feraient aboutir la réunion des Eglises autour du Siège romain : aujourd’hui, devant l’O.N.U. comme hier devant la S.D.N., Rome ne cesse pas de m’éblouir du titre de « seule Internationale qui tienne ».
 
Charles Maurras
Pour un jeune français (1949)

 

 

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